“We live in a fractured world. I've always seen it as my role as an artist to attempt to make wholeness.” – Anish Kapoor

Whether it seduces or shocks, comforts or shouts out, art is always a dialogue. A dialogue between the artist and the world, between artworks and those who contemplate them, between the past and the present.

At Versailles, Anish Kapoor is in dialogue both with André le Notre and Jules Hardouin-Mansart, and with the park and the palace.

At Eveux, Anish Kapoor is in dialogue with Le Corbusier and the Monastery of La Tourette.

It is from this dialogue that the wholeness of the world emerges. In other words, in this way sense is made, just like the way a figure emerges little by little when you draw a line between different points. This wholeness forms a story, always fragile, never definitive. It is open, precarious, and without a doubt this is what makes it sincere and authentic. In other words: human.

Art is a dialogue, culture a conversation - but some people deny this fact.

They deny it by wrecking, vandalising and smearing an artwork with ignominious words.

They deny it with the pretext that the work itself has ruined the wholeness and beauty of the site, so to justify their damage.

They have understood nothing. Their wholeness is totalitarian. Their vision of the world is monolithic and unequivocal. Their reading of beauty is mythologised and frozen. Their culture is nothing but closed.

Anish Kapoor has understood perfectly. By asking to not erase these horrors, he is re-establishing the terms of the dialogue. He opens a new space for questioning, a new conversation, about creative freedom. By doing this, he clearly shows these vandals that they have lost.

So here once again, after Hayange, after McCarthy, my project of engraving freedom of creation in the law of the land has become all the more pertinent.

We will never defend creative freedom enough. We will never defend artists enough. Because we will never defend dialogue, openness and reflection enough – which artists are the craftsmen of and which we need so much today.

Precisely because our world is fractured.

Precisely because we need wholeness.

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Discours Discours de Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la
Communication, prononcé à l’occasion de l’ouverture de la 13ème
édition de la Biennale d’art contemporain de Lyon,
mercredi 9 septembre 2015

Monsieur le Président de Région, cher Jean Jack Queyranne,
Monsieur le Président de la Métropole de Lyon, cher Gérard Collomb,
Madame la Directrice des Biennales de Lyon, chère Sylvie Burgat,
Monsieur le Directeur artistique, cher Thierry Raspail,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

« Nous vivons dans un monde fracturé. J’ai toujours considéré qu’en tant qu’artiste, mon rôle était d’essayer d’en faire l’unité. » Ces mots sont d’Anish Kapoor.

Qu’il séduise ou qu’il choque, qu’il conforte ou qu’il interpelle, l’art est toujours un dialogue. Un dialogue entre l’artiste et le monde, entre les oeuvres et ceux qui les contemplent, entre le passé – les passés – et le temps présent.

A Versailles, Anish Kapoor dialogue avec André le Nôtre et Jules Hardouin-Mansart, avec le parc et le château.

A Eveux, Anish Kapoor dialogue avec Le Corbusier et le couvent de la Tourette.

C’est de ce dialogue qu’émerge l’unité du monde, autrement dit un chemin de sens, comme une figure émerge peu à peu lorsque l’on trace une ligne entre différents points. Cette unité forme un récit, toujours fragile, jamais définitif. Elle est ouverte, précaire, et c’est sans doute ce qui la rend sincère, authentique, autrement dit humaine.

L’art est un dialogue, la culture une conversation, mais il arrive que certains le refusent. Ils le refusent en saccageant, en vandalisant, en barbouillant une oeuvre de paroles ignominieuses.

Ils le refusent en prétextant que l’oeuvre elle-même met à mal l’unité et la beauté du lieu, car c’est ainsi qu’ils justifient leur saccage.

C’est qu’ils n’ont rien compris. Leur unité à eux, elle est totalitaire. Leur vision du monde, monolithique et univoque. Leur lecture de la beauté, mythifiée, congelée.

Leur culture n’est que fermeture.

Anish Kapoor, lui, l’a très bien compris. En demandant qu’on n’efface pas ces

horreurs, il rétablit les conditions du dialogue. Il ouvre un nouvel espace d’interpellation, une nouvelle conversation, qui porte cette fois sur la liberté de création. Et ce faisant, il signifie tout simplement à ses saccageurs qu’ils ont perdu.

Et voilà qu’à nouveau, après Hayange, après Mc Carthy, le projet d’inscrire la liberté de création dans le marbre de la loi prend tout son sens.

On ne défendra jamais assez la liberté de création. On ne défendra jamais assez les artistes. Car on ne défendra jamais assez le dialogue, l’ouverture, la réflexion, dont ils sont les artisans et dont nous avons tant besoin aujourd’hui.

Précisément parce que notre monde est fracturé.

Précisément parce qu’il a besoin d’unité.